L ' E T R ,   U N   B L O G   Q U I    C A U S E   D E   T O U T   E T   D E   R I E N ,   E T   A U S S I   D E   T R U C S   E N   G E N E R A L   E T   D U   R E S T E   E N   P A R T I C U L I E R
 

Lundi 4 décembre 2006

Une petite création enneigée à voir ici.
Dimanche 5 novembre 2006
lovely day for a mulligans

Un petit clin d'oeil au Mulligans pub irlandais du quartier Saint Michel à Toulouse, où j'ai l'occasion d'aller étancher ma soif de temps à autre. Bonne bière (Beamish Red me concernant), bonne musique (souvent des concerts) et bonne ambiance (surtout le mardi pour les soirées "quizz")... que demande le peuple ?!

Samedi 23 septembre 2006

L'eTR est de retour !!!
Mardi 22 août 2006
Blog en pause
PAUSE*

*Pour cause de déménagement (au cas où vous auriez loupé les épisodes précédents)

Mardi 22 août 2006
Schizocérose § 04 - Reminiscencia

"Aaaaahhh…". Mes poumons arrachent soudainement tout l’oxygène de l’air en une grande bouffée. Ce matin, le réveil s’apparente plus à celui d’un noyé revenant soudainement à l’air libre. C’est le réveil d’un mort. J’en frissonne encore à cette impression de retour à la vie. Par rapport à la veille où la transition avait été douce. Là j’ai l’impression que mon âme a quitté le corps d’un homme étendu dans un hamac pour s’engouffrer dans le mien soudainement et violemment. Çà s’apparente tout simplement à une renaissance. Et comme la première, lorsque je quittais le ventre de ma mère, on ne peut pas dire que cela ne se fasse pas sans douleur. En fait, c’est assez effrayant comme sensation. J’en viens même à me demander comment on fait pour ne pas garder en mémoire le traumatise de sa propre naissance.
Enfin, là où la douleur se ressent, c’est aussi au fond de moi-même. On peut appeler çà l’amour propre. Mais chez moi, ce qui est sûr, c’est qu’il est fissuré. Au point d’éclater littéralement. La réminiscence n’évoque chez moi que des images chaotiques et sauvages où un lion se jette fougueusement sur une femme. Ou peut être à l’inverse l’amour d’un homme et d’une lionne. Je n’en sais rien. Mais ce que je vois dans mes pensées se sont des peintures dignes de l’univers de Dali. Des images où la réalité est déformée comme ses montres molles. Des monstres mi-humains, mi-bêtes, déformés, allongés. Des symboles que Freud qualifierait assurément de phalliques. Un univers étrange et pénétrant, nimbé d’une lumière crépusculaire. Bip bip bip bip bip… le réveil s’égosille à tue-tête et tel un mécanisme bien huilé, je m’expulse de mon lit. Et les pieds bien ancrés sur le sol ferme, j’oublie immédiatement ce rêve mouvant.

La journée s’apparente à une journée tout ce qui a de plus banales, ponctuées de ses pauses-café, de ses "bonjour, comment allez-vous ?" par ci, par là. Je m’efforce de ne pas penser à ma nuit. Je garde sur moi un masque de volupté et de sérénité. Et ma foi, je réussis plutôt bien puisque Patricia et les autres sont complètement dupes. Eh, eh, bienvenue dans le monde de l’hypocrisie et de la superficialité, où seul le paraît-être s’impose. Le soir, je prétexte un rendez-vous chez le dentiste pour ne pas m’éterniser au travail. Le trajet en métro me semble durer une éternité. J’ai l’affreuse impression que les gens m’épient, me jugent et que je suis le sujet de leurs messes-basses. J’en ai des sueurs froides, comme si une épée de Damoclès était suspendue au dessus de ma tête. Je me dis que l’on doit être comme les animaux qui ressentent la peur chez l’homme, les autres doivent sentir chez moi ce sentiment de culpabilité. Une goutte de sueur dégouline le long de mon échine rigide.
Oulalah, çà ne va plus là. Je frise la parano, je m’accuse de torts que je n’ai commis qu’en rêve. Enfin c’est vrai que ce rêve s’incruste sérieusement dans le réel. Et puis finalement est-ce vraiment un mal ? Elle était consentante et je crois, en toute modestie, qu’elle a même eu du plaisir. Non ce qui me turlupine, c’est surtout de pas être accord avec ce que je suis, avec mes habitudes. J’ai l’impression qu’en trompant ma routine, je me mens à moi-même. De un, jamais je n’aurai rencontré une telle fille dans ma vraie vie. Ou si j’en croise quelques fois dans le métro, mais je les perçois plus comme des êtres inaccessibles que pour des partenaires éventuelles. De deux, jamais je n’aurai été capable, comme la nuit dernière, de jouer ce rôle à la croisée de Don Juan et de Rocco Siffredi, si ce n’est en fantasme. Non moi j’aurai tout juste fait comme en ce moment, à me questionner sur l’être, le devenir et le quoi faire aussi ! Enfin je serai resté un lâche.

Arrivé chez moi, le cerveau bouillonnant, je m’affale sur mon canapé. D’un coup de télécommande, j’allume la télé, le meilleur médicament contre la prise de tête, ou comme dirait un grand ponte de la petite lucarne, pour donner du temps de cerveau humain disponible. Je tombe sur un mélodrame sirupeux. Une histoire tout ce qui a de plus mal ficelé dont on connaît déjà la fin. Mais bon c’est vrai que cette petite lucarne a le chic pour vous hypnotiser. Alors la fatigue reprenant le dessus sur mes nerfs, je m’assoupis. Mais c’est pour mieux me réveiller immédiatement. J’entends un bruit insistant d’un klaxon, juste le temps de relever la tête et je vois deux phares fonçant droit dans ma direction. Et là, il me faut bien une demi seconde pour me rendre compte que ce n’est pas un film, ce n’est plus la télévision que j’ai en face de moi. Un réflexe de dernière minute (avant la mort) me fait virer à droite et j’évite de justesse un monstrueux semi-remorque. "Qu’est ce qui se passe, chérie ?". Elle est encore là, à côté de moi. Enfin je dis çà, mais ce n’est pas pour me déplaire. Enfin c’est juste que je préfèrerais d’autres circonstances moins stressantes. Et cela me ramène à la dure réalité que je suis encore plongé dans mon rêve ultra-réaliste. Je lui réponds d’un mécanique "Çà va, çà va. J’ai juste besoin de faire le plein et d’un petit café." Je me dis surtout que je suis assez fatigué pour m’endormir au volant.
Un panneau annonce une aire avec station service à dix kilomètres. Je pousse un peu la pédale d’accélérateur et poursuit donc. En sortant de la voiture, je me rends, enfin, compte que j’étais au volant du petit roadster aperçu l’autre jour dans mon autre vie, dans ma vie morose. Je fais le tour de l’engin et j’enfonce le tuyau dans ce réservoir avide d’essence. Je regarde nonchalamment défiler le compteur, comme si j’étais vraiment en train de mettre de l’essence dans ma voiture, à moi. Mais en fait, je n’en ai pas de voiture. Mon seul moyen de locomotion, c’est le métro, le train et parfois l’avion. Clac, clac. J’ai beau insisté, le réservoir est plein et la gâchette cède sous la pression de mes doigts. Je repose le tuyau et m’avance vers la station. Un mec m’attend à la caisse. Il me dit bonsoir, je hoche de la tête, plonge ma main dans ma veste pour en retirer un porte-monnaie et lui tend une carte de crédit. Je tends mon doigt et là soudain, face au clavier, où le petit écran m’ordonne de taper mon code, la réalité me saute à la figure. Attends, coco, t’es où là, hein ? Je te rappelle que tu n’es pas toi. Je est un autre. Je suis un usurpé. Et je n’ai fichtrement aucune idée du code que je dois taper. Mais mon doigt semble guidé par sa propre volonté et tape sur les touches luminescentes dans un ordre précis. Code bon. Ouf, je ne sais pas comment j’ai fait, mais c’est un miracle ! Pff mais non ce n’est qu’un rêve. Tu peux tout faire dans un rêve, c’est toi le maître. Enfin tout çà, me semble encore terriblement réel. J’ai vraiment l’impression de ressentir le bout de plastique froid que je me tends le guichetier. Je le salue et m’avance vers un distributeur à café. Je cherche quelques pièces. Et pendant que le jus noir et bouillant coule dans le gobelet, je range ma carte.

Enfin sa carte. Toujours la difficulté de vivre avec cette duplicité. Je regarde le nom inscrit en lettre d’or sur fond beige, or. Arturo Mendoza. Je regarde mon reflet dans la vitre et effectivement la consonance hispanisante s’associe complètement avec mon physique et ce visage un peu angulaire, à la peau tannée par le soleil. Et là, je me fais le constat que cela ne m’ait pas paru si flagrant la première fois où je voyais apparaître ce visage dans le miroir qui me faisait face. Arturo Mendoza. Çà sonne bien. Çà un petit côté exotique qui n’est pas déplaisant. Après avoir bu mon café, je m’enferme dans les toilettes pour voir les autres papiers que j’ai en ma possession. Un passeport espagnol avec une adresse à Barcelone. Un passeport français avec une adresse à Paris. Heureusement pour ma grande joie, les deux passeports sont au même nom. Je ne suis pas un mafieux avec des faux papiers. Je dois simplement avoir la double nationalité. Enfin j’espère. Ma carte d’identité m’identifie aussi comme étant Arturo Mendoza. Sinon je ne trouve rien d’autre qu’un jeu de clefs, un téléphone portable et une paire de lunette de soleil de luxe. Le strict nécessaire de l’homme moderne. Enfin je suis déjà renseigné sur mon un point important qui jusque là me faisait cruellement défaut. Je ne suis plus anonyme. Je suis Arturo Mendoza. "Yé souis Arturo Mendoza" annonçais-je bêtement à mon reflet dans la glace, en me donnant un mauvais accent espagnol de pacotille.
Je ne m’attarde pas au toilette et retour dans mon petit carrosse. Ma belle copilote est toujours assoupie. Je referme la portière et démarre au quart de tour. La fenêtre légèrement ouverte, je me laisse enivré par la vitesse et dévore les kilomètres jusqu’à Paris. Jusqu’à ma résidence parisienne située sur la butte de Montmartre. Enfin du moins, c’est ce qui était indiqué sur mon passeport.

Je rends grâce au GPS qui équipe mon petit bolide. Sans lui, je n’aurai sûrement jamais trouvé ma rue. Surtout à trois heures du matin où la ville est quasiment déserte. C’est vrai que j’ai plus l’habitude de m’orienter par rapport aux stations de métro. Enfin je me gare juste devant un petit bâtiment ne payant pas trop de mine de l’extérieur. Essayant une clef après l’autre, j’arrive enfin à ouvrir la porte. Et en fait s’ouvre devant moi un vaste espace : La demeure s’apparente à un loft d’artiste, enfin un artiste roulant sur l’or. Le mobilier dans un style ultramoderne ne vient assurément pas de chez Ikéa mais doit être plutôt des pièces uniques faites sur mesure. Blasé par tout ce luxe qui m’entoure, je ne m’éternise pas. La fatigue commence à me gagner. D’un coup d’œil, j’aperçois ce qui semble être la chambre et retourne à la voiture. J’entrouvre la portière du passager délicatement. La tête de la jeune femme vient se poser délicatement sur mon torse. Je l’enserre sous les jambes et dans le dos, et la fait décoller. Sa tête enfouie dans mon cou, on dirait presque un père tenant dans ses bras sa fille endormie. Je grimpe l’escalier de la mezzanine et la pose finalement sur le lit. Je m’allonge à ses côtés, le corps courbaturé par la route. Je regarde une dernière fois son visage de déesse et sombre avec joie dans un sommeil que j’espère réparateur.

To be continued…

 
 
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