| Novembre 2009 | ||||||||||
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Je me réveille. Et là, je repense à ma surprise de la nuit dernière. Alors je vérifie rapidement si je suis seul ou non. Et non, je ne suis pas seul. Elle est là, allongée à mes côtés. J’entends sa douce et apaisante respiration. Et contrairement à la veille, où j’étais terrassé par la surprise, je me sens calme. Mais mon regard s’arrête sur cette femme. En fait, je la contemple littéralement dans toute sa beauté. Sous le drap se dessine la courbe de ses hanches et tel un voile il couvre légèrement ses fesses pleines. Mes yeux remontent sur son dos cambré. Et de là où je suis, je vois la pointe d’un sein. Son visage que j’avais tant chéri, est enfouis dans un coussin et son épaisse et soyeuse chevelure la recouvre. Le tableau est sûrement magnifié par le reposant ronronnement de la mer et par la lune pleine qui projette ses ombres sur ce corps somptueux. A n’en pas douter, j’ai vraiment beaucoup de chance de vivre un tel instant.
Alors n’y tenant plus, j’ai besoin de renouer ce contact comme la dernière fois. Alors je l’effleure délicatement de son épaule jusqu’à sa cuisse. Comme un aveugle découvrant le braille, mes doigts lisent sur son corps la sensualité d’une femme. Cela me donne des frissons et sa peau douce et chaude sous ma main attise ma flamme. Elle se réveille dans un frémissement et se retourne vers moi avec des yeux à moitié clos mais déjà pétillant de désir. Elle me dit avec un sourire au coin des lèvres qui révèle deux petites fossettes. "Alors coquin, tu ne me laisses donc pas en paix ce soir. Tu as mangé du lion ? "
Spontanément ma réponse ne se fait pas attendre, je rugis de plaisir et je plonge sur sa croupee comme le prédateur fauve. Nous nous enlaçons avec bestialité. Je couvre son corps de baisers, mes mains parcourant toute la surface de son corps, scrutant le moindre interstice, y plongeant. Puis elles survolent les collines mammaliennes. Je prends ses seins généreux à pleine main, elle s’accroche à moi de toutes ses griffes. Ses ongles enfoncés dans la chair de mon dos attisent mon ardeur. Ses deux jambes m’enlacent, je ne peux plus reculer. Le prédateur pris au piège. Vaille que vaille, je sors mes griffes et me jette à corps perdu. Lorsque je la pénètre, elle émet un râlement presque félin. Malgré ses apparences douces, elle a tout d’une lionne sauvage. Le va et vient entre ses reins devient une transe, mettant nos corps et nos pulsions à l’unisson. Notre étreinte semble ne plus avoir de fin. Lorsque l’orgasme est atteint dans un dernier assaut, nous sommes là, tous les deux heureux et épuisés, des gouttes de sueur perlant sur nos visages et nos corps.
Je me rallonge à ces côtés et comme la veille, elle pose sa main sur mon torse. Elle me regarde dans les yeux en me souriant. Je fixe ces yeux et soudainement je ressens un malaise comme si j’étais aspiré dans un tourbillon. Je ne peux plus supporter ce regard, j’ai l’impression qu’il me déshabille de mon enveloppe charnelle. J’ai le troublant sentiment qu’elle lit à travers moi comme dans un livre ouvert. J’ai peur qu’elle me démasque, mais peut être est-ce déjà fait. Je cligne des yeux et me redresse. Je prends une bouteille d’eau minérale posée à côté de ma table de chevet et bois une bonne gorgée pour désaltérer ma gorge sèche. Je ne sais si c’est la baise ou si cette soudaine poussée de vertige face à ce regard pénétrant. Je me lève pour aller prendre l’air. J’enfile un boxer qui traîne au pied du lit. Je ne voudrais pas choquer le voisinage quand même ! A côté de la porte-vitrée, traîne sur une commode un paquet de clope et un briquet. Je soupçonne que ce sont les miennes et les ramassent. J’entrouvre la porte-fenêtre, écarte les voiles, et sort sur la terrasse.
Je me retrouve face à la mer. Le bruit des vagues apaise mes sens émoussés par cette baise bestiale. Contemplant ce paysage infiniment plat et vaste, on se sent soudainement modeste face à l’horizon lointain de l’océan sous la voûte céleste constellée de petites étoiles. Et pourtant face à cette immensité, on ne se sent pas écrasé. On se sent serein, faisant partie d’un tout. Porté par le clapotis de l’eau, je quitte la terrasse et m’enfonce dans le sable fin de la plage. A cette heure de la nuit, loin de la fournaise de la journée, le sable est frais en surface, mais plus tiède en profondeur. Je sors une clope du paquet, l’allume et glisse le paquet dans l’élastique de mon boxer. Au bout de la cigarette, le tabac crépite en un petit foyer incandescent, libérant une fumée acre et entêtante.
Je marche jusqu’à atteindre l’écume regardant le reflet de la lune ondulant sur la mer. A nouveau apaisé, je me retourne vers la maison. Et là, je constate que la dite maison, est en fait une impressionnante villa dans un style contemporain, avec baies vitrées, poutres et pierres de taille, entourée de pins. Quant au voisinage, il y a peu de chance que je le choque par ma tenue légère. Il n’y a pas de voisin à moins de cent mètres. J’aperçois un hamac accroché à deux vieux pins parasols. Je m’avance vers lui et m’enfonce en son sein. Je me laisse alors bercé par son va-et-vient, contemplant d’un œil distrait les étoiles. Une brise légère chargée d’iode me caresse le visage et petit à petit mes yeux se referment sur le ciel constellé. Puis je songe à cette nuit d’ivresse.
Je me rends finalement compte que j’ai fait l’amour à une femme dont j’ignore complètement l’identité. Je connais maintenant son intimité dans la moindre partie de son corps, et pourtant j’ignore jusqu’à son prénom. Et là, une bile acide remonte dans ma gorge. J’ai la même impression physique d'amertume que sur le quai du métro. Une façon pour moi de somatiser mon dégoût. Mais là, c’est moi qui m’écœure. Je me suis jeté sur elle, je l’ai pénétré, mais c’était une inconnue. Je suis pire qu'un pauvre être allant voir une prostituée. Il y aurait au moins ce contrat tacite, cette entente cynique, d’acheter son corps et l’anonymat contre une somme rondelette. Mais là, je me sens comme un violeur. En un instant, je me suis délivré de mon carcan émotionnel et j’ai libéré toute la fureur accumulée lors de ma réclusion partielle en un acte purement physique et irrationnel. Je m’en surprends moi-même, ne me reconnaissant pas là. J’ignore cette facette violente de ma personnalité. Usurpant allègrement l’identité d’un inconnu, je l’ai tout simplement dupée pour assouvir fiévreusement un fantasme. Suis-je donc un Mister Hyde ?
Et puis, épuisé et consterné par ce sombre constat, je passe à un autre sujet tout aussi éprouvant pour mes neurones et mes nerfs : Qui suis-je ? Qui est cet inconnu à qui j’ai emprunté son identité et sa femme. Soudainement voyant la taille de la demeure, un doute me traverse l’esprit : et si dans cette vie là, je n’étais pas forcément un homme bien. Avec tout ce fric, il se pourrait bien que je sois un petit gangster, un mafioso. L’idée m’effraye au point d’imaginer, tapis dans l’ombre nocturne des pins, la brigade d’intervention du GIGN cernant ma maison. Je songe au moindre détail aperçu dans la pièce, mais je ne me souviens de rien. Je me rassure doucement en me disant que si j’étais un malfrat, j’aurais nécessairement vu un flingue posé sur la table de chevet comme dans les films. Puis mes idées se brouillent, je baille une fois, une deuxième. Mes yeux me picotent, le sommeil est proche.
To be continued…
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