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Carnets de voyage d'un provincial à Paris

Dimanche 23 janvier 2005

Ami lecteur qui recherche là les bons plans du touriste en goguette dans la capitale, passe ton chemin. Mes carnets de routes ne sont pas un florilège des hauts lieux touristiques ou des meilleurs adresses pour se loger ou se restaurer. Ces carnets sont l’ensemble de mes constats quotidiens sur la vie parisienne.

A l’inverse d’un Peter Mayle (il me semble bien que c’est son nom), auteur de livres satiriques donnant le point de vue amusé d’un anglais sur la Provence, c’est avec un regard beaucoup plus acerbe et cynique que j’observe mon quotidien dans la capitale française. Cette partie sera mon pamphlet de la vie de tous les jours sur les gens de tous les jours.

Je n’ignore pas que la critique est facile, et souvent peu constructive. Ces carnets de route ne sont qu’un défouloir, l’expression de ma perception des incohérences et incompréhensions du monde qui m’entoure. And now, ladyes and gentlemen, place à ma vision teintée d’humour noir, d’ironie acide et peut être de pessimisme sur l’absurdité de l’espèce humaine.

Par php
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Dimanche 23 janvier 2005

Le premier carnet aura la truffe humide, l’œil vif et le poil brillant, il a de bonnes dents et est très joueur. C’est par ailleurs le meilleur ami de l’homme (je demande à vérifier). Vous l’avez reconnu, c’est le chien.

Quand on parle de chien, je me rappelle encore de cette superbe réplique de Jacques Chirac à la grande époque des Guignols de l’Info (Canal+) : « les chiens, c’est animaux abjectes. Ils sont là, tapis dans l’ombre, le trou de balle frétillant, prêt à répandre leurs œufsimmondes… »

Enfin ma mémoire me fait défaut (eh eh c’était il y a déjà bien belle lurette), et je ne certifie pas l’exactitude des propos. Les défections canines me rappelle aussi le jour où l’on voyait aux journaux télévisés l’invention révolutionnaire : le canipoche. Une invention merveilleuse révélant l’asservissement de l’homme sur son compagnon à quatre pattes. Le chien chie, le maître ramasse. Trêve de nostalgie, l’invention n’a pas fait long feu, je n’en entends plus parlé. Les maîtres ont dû se révolter contre cet état avilissant.

Mais le sujet de la crotte de chien que nos chers trottoirs affichent fièrement et qui est un piège implacable sur lequel tombera le marcheur imprudent ou somnolant n’est pas celui de cet article. Mon agacement va à l’encontre des maîtres qui s’affichent au volant (à la laisse ?) de ces clebs bodybuildés portant le doux nom de Molossoïdes. Il y a quelques années le pitt-bull avait défrayé les chroniques. Mais si l’ambiance de peur est retombée, j’ai été impressionné par le nombre de chiens du type rottweiler ou autre Schwarzenegger quadrupède qui trottaient dans mon quartier.

Cet été, alors que le calme régnait sur Paris, je profitais pour faire un petit footing pour se décrasser les muscles après le boulot. Une fois en revenant, je croise dans la rue, un de ces énergumènes accompagné de son toutou. Et on a beau se dire que le chien est le meilleur ami de l’homme,en voyant un molossoide à la machoire de requin et à la carrure d’un Schwarzenegger (à c’est du redit, mais c’est vrai que si le rottweiler était un homme, moi je voterai pour Schwarzy), on ralentit le pas et on évite les gestes brusques. Et le maître a beau tenté de vous rassurer en vous disant qu’il a beau grogné, il n’est pas méchant, vous n’avez pas envi de jouer avec le toutou, ni de servir de baballe.

C’est bête à dire mais le monde canin semble se partager entre les inoffensifs chihuahua à sa maman qui sont, par contre, de véritable nuisance sonore et assurément des décorateurs avérés de trottoirs, et nos pitbulls, dog argentins, rottweiler et compagnie.

C’est ce que l’on pourrait appeler la sélection naturelle : on garde ceux qui peuvent manger les autres sans autre cas de conscience. Tiens c’est bizarre, çà va bien avec le principe de notre société capitaliste et à son modèle de réussite sociale.

En même temps le chien est la preuve fondamentale que l'homme a réussi à s’habituer à son environnement citadin (preuve d’évolution artificielle assurément). A la campagne, pour prouver sa virilité, il faut avoir la voiture la plus sportive, et faire preuve de beaucoup de mauvais goût en pratiquant le tunning des plus voyants, et avec la plus grosse sono et si possible la CB. Mais en ville, ce modèle du beauf en voiture est en voied’extinction. Dans les embouteillages, çà sert à rien de faire ronfler le moteur sur place, la sono est couvert par les tututuuus des klaxons, et finalement les gens ont du prendre conscience du ridicule du mec à l’arrêt dans les embouteillages dans un voiture de cake : ce n’est plus impressionnant.

Mais des piétons, il en restera toujours. Alors au lieu d’avoir la grosse voiture qui en jette, on a le chien en compensation. C’est vrai que les gens ne sont pas du tout intéressés par les braves labradors qui conduisent les aveugles,. Tandis que le pitbull, et bien on le regarde à deux fois, surtout lorsqu’il a la muselière accrochée négligemment autour du cou (mais pas autour du gosier, c’est juste histoire d’être plus ou moins en règle avec la loi, voir de rajouter encore plus de virilité à son clebs « Mon chien c’est un méchant, il a une muselière ! ») et que son patron fait tourner négligemment la laisse (bien évidemment détachée, sinon à quoi cela sert ?) comme ci c’était un nunchaku.

Voilà je conclus sur une pensée émue pour Lassie chien fidèle et Rintintin le sauveur, modèle d’un autre temps. Et les bassets, ces chiens saucisse sur pattes, se sont-ils tous fait manger par les dents du bitume ?

Par php
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Dimanche 6 février 2005

Telle est la phrase que l’on voit communément inscrite sur les paquets de cigarette. Ecrite noire sur blanc, comme quoi l’état français s’autorise la délicatesse d’appliquer dûment cette fameuse expression prouvant l’aspect explicite d’un fait “c’est écrit noir sur blanc ”. Personne n’ignore et ne contredit les méfaits du tabac, et ce n’est point le sujet de cet article.

Mais ce que je trouve attirant dans cette phrase, c’est qu’elle soulève un énorme paradoxe. Fumer tue. La cigarette à long terme est aussi néfaste qu’un coup de revolver ou qu’un accident de la route. Finalement les fumeurs sont présentés comme des assassins suicidaires. D’une part, ils sont suicidaires puisqu’en fumant, ils atteignent à leur santé. Le suicide n’est cependant pas un crime un soi, et on ne peut le leur reprocher, seulement le regretter. On connaît cependant les méfaits du tabagisme passif : l’entourage d’un fumeur profite tout autant que le fumeur des nuisances du tabac. Donc un fumeur atteint à la santé, à la vie des autres. C’est un homicide, ni plus, ni moins. Fumer tue rappelle donc à tous les consommateurs de tabac qu’ils sont des meurtriers patents.

Je ne jette pas la pierre aux fumeurs qui sont les premières victimes de la cigarette. C’est une source de ruine pour la santé, pour le porte-monnaie. Cela peut devenir aussi un facteur d’exclusion sociale dans certains milieux. Et c’est avant tout une drogue dont ils dépendent malheureusement. On pourrait par contre voir le rôle ambivalent de l’état. D’une part il reconnaît et prône les dangers du tabac, mais d’autre part il légifère légèrement en taxant et surtaxant le prix des cigarettes et en interdisant de fumer dans certains lieux publics. L’état ne joue pas son rôle, et les raisons en sont connues. Le tabac avec ses taxes est effectivement une source de revenu importante pour l’état (même si les fumeurs malades, atteints de cancer ou d’autres problèmes de santé liés au tabac, sont une source de dépenses de santé sûrement importantes). Interdire totalement le tabac serait aussi une mesure qui attirerait les foudres de nombreux électeurs fumeurs, et quel président, ministre, sénateur ou député s’amuseraient à renier son électorat, sa source de revenu, au profit de la santé publique.

Le tabac n’est donc qu’un énorme paradoxe de société et tant que le gouvernement ne se décidera pas à trancher définitivement et totalement sur les dangers du tabac, la situation restera en l’état, quelle que soit l’augmentation du prix du paquet. Conclusion amusante sur ce paradoxe, grâce à la mention "Fumer tue", les fumeurs continuellement taxés dans la rue peuvent décliner simplement la demande d’une cigarette, en indiquant qu’ils refusent de se faire attaquer en justice pour homicide volontaire.

Par php
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Dimanche 12 juin 2005

On nous a rabâché les oreilles avec la télé-réalité, ce concept d'émission télé qui met en scène des gens de tous les jours (ou presque) pour le plaisir des spectateurs. Je n'aborderai pas ce thème du combat de gladiateur des temps modernes où les "joueurs" sont victimes de situations les forçant à se battre entre eux jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un dernier survivant. Notons cependant que le public a le droit de vie ou de mort : envoyez un mini-message ou un appel pour sauver ou éliminer tel ou tel joueur revient exactement à lever ou baisser le pouce. Comme quoi, rien ne se créer, rien ne se perd, tout se transforme : La télé-réalité n'est ni plus, ni moins que la transposition moderne des jeux du cirque.

Enfin là n'est pas le débat, car avec la télé-réalité, le spectateur a encore le choix de rentrer ou non dans l'arène et de participer au jeu. Ce qui me tient à cœur, c'est la téléphone-réalité ou la portable-réalité : Cette nouvelle manière de s'immiscer dans la vie d'autrui. Que ce soit dans la rue, dans le métro, ou en faisant ses courses, en se baladant, on ne peut plus nier que l'on est perpétuellement entouré de téléphone portable. Comme dans cette publicité d'un fournisseur français qui vante les mérites de la téléphonie avec image, et où l'on voit un homme dans un bus bondé en train de papoter avec son copain qui fait du bateau. Même les publicistes plébiscitent complètement ce phénomène.

Personnellement je n'ai rien contre les téléphones portables, comme de nombreuses personnes, j'en ai un. C'est vrai que c'est bien pratique de pouvoir joindre les gens ou être joint quel que soit le lieu où l'on est. C'est très pratique et il faut être vraiment très réfractaire pour en critiquer l'utilité. Non ce que je critique avec les téléphones portables, ce sont les utilisateurs. Certes il ne faut pas généraliser, mais avec la multiplication des téléphones portables comme des petits pains, on a une évidente libéralisation des moeurs concernant son usage. Ce n'est pas évident de chiffrer la proportion d'utilisateurs abusifs, mais il est certain qui est de plus en plus rare de se trouver en public sans avoir à proximité une personne accrochée à son téléphone, si ce n'est au cinéma ou lors de spectacles (et encore !).

Et alors que la télé-réalité ne s'impose pas (en dehors du fait qu'elle est omniprésente à la télévision, mais rien ne vous empêche de regarder la petite lucarne), la téléphone-réalité s'impose à vous. Il faut être sourd pour ne pas entendre la conversation de son voisin. Phénomène des plus surprenants, c'est que les gens se sentent obliger de compenser la distance qui les sépare de leur interlocuteur, en parlant plus fort. Par rapport à une simple discussion entre deux personnes où le ton peut osciller entre le normal pour les banalités voir le chuchotement pour les confidences, les personnes au téléphone sont toutes sauf discrètes. Et on participe ainsi en spectateur passif à leur vie, à la narration de leurs déboires ou de leur bonheur. C'est finalement une violation forcée de leur vie intime. Mais une violation que l'on nous impose, à moins de demander gentiment à la personne de parler moins fort ou de s'isoler un peu plus.

Cette ouverture de la sphère privée à autrui n'est pas du voyeurisme de la part du public mais plus simplement un manque de pudeur ou tout simplement de politesse de la personne au téléphone. Il y a un manque évidement de respect des tierces personnes avec ce déballage quasi-médiatique de sa vie personnel. On peut tenter de faire la sourde oreille mais çà reste quand même une nuisance sonore autant qu'une mobylette bruyante ou un petit Yorkshire teigneux jappant hargneusement. Il est bien loin le temps où on s'enfermait dans une cabine téléphonique pour papoter à l'abris des intempéries et du reste du monde...

Par php
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Samedi 17 septembre 2005

Vendredi, j'étais dans le RER qui me ramenait vers mes pénates après une semaine assez éprouvantable de travail (eh eh bizarrement un peu comme toutes les semaines de travail). Mon regard divaguait parmi les usagers du Rrrrr. Et là soudainement, mon regard est captivé par une voisine. Enfin plus précisément par ce qu'elle faisait.
La jeune fille jouait à un jeu de mots casés. Le nom ne vous dit peut être rien (j'avoue que moi non plus jusqu'à ce que je le vois indiqué en haut de la page) mais vous avez forcément dû y jouer au moins une fois dans votre vie pour passer le temps. On les trouve juste à côté des mots croisés à la fin des journaux TV ou autres. Le principe: des cases, des mots, mettre les mots dans les cases. Pas très, très compliqué. Mais bon qu'est ce qu'on ne ferait pas pour tuer le temps.

Cependant il réside une difficulté, surtout quand vous êtes maniaque, comme devait l'être ma voisine qui devait apprécier la rigueur, l'ordre et la discipline comme principes fondamentaux. Cette chère voisine n'avait aucune difficulté à placer les mots. Par contre pour cocher les mots placés, c'est là que çà se complique. Alors que lorsque l'on joue à se genre de jeu, on passe plus de temps à réfléchir où placer ces mots. Et finalement on coche le mot casé d'un trait voir d'un vilain petit gribouillis.
Ma voisine a encore une autre technique : Elle détoure délicatement le mot d'un cadre avec son crayon. Attention le cadre doit être parfaitement ajusté avec ceux qui l'entourent. Et puis il faut ensuite le remplir toujours avec délicatesse avec de déposer une couche uniforme et homogène de graphite. Au troisième que je la vois caser, lors de la cérémonie du remplissage, elle déborde. Pas grave, on refait la bordure de tous les cadres qui jouxtent le mot.

Bon grosso modo, on peut dire qu'elle passait cinq fois plus de temps à cocher les mots qu'à les caser. Personnellement, je ne pourrai jamais être un maniaque, on perd vraiment trop de temps.

Par php
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