Episode 8 : Der gentleman Einbrecher

Publié le par php

Le réveil indiquait 9h mais Lino flânait encore dans son lit. Ces derniers temps, il avait dû s’absenter de Paris à maintes reprises pour mener à bien son grand projet de cambriole. Il avait eu beaucoup de remord à son retour de Bretagne de délaisser ainsi sa ravissante épouse. Ainsi donc la veille, il avait concocté une petite soirée en tête-à-tête. Pour commencer, Freddy était venu les chercher dans la berline débarrassée de sa fiente de mouette, un petit souvenir de l’épisode breton,  et les avaient conduit et déposé devant un théâtre donnant sur le boulevard de Strasbourg, dans le Xième arrondissement parisien. Lino avait réservé une loge pour une pièce italienne du XVIIIème siècle, La Locandiera de Carlo Goldoni. La pièce finie, ils étaient revenus vers Montmartre où Lino avait réservé une table dans un restaurant italien plein de charmes. « C’est bon Freddy, tu peux nous laisser, nous rentrerons à pied. » Le restaurant tentait de récréer l’ambiance des auberges italiennes, mais cela s’apparentait plus au décor en carton pâte de la Locandiera, qu’à la Toscane dont était originaire sa femme, Carla. Cependant, ils ne venaient pas là pour le décor, mais pour la cuisine et c'était dans ce restaurant, assez proche de leur appartement, qui avaient trouvé les goûts et les saveurs les respectueuses de la cuisine italienne. Le chef qui se déplaça en personne pour accueillir Lino et Carla, les salua avec force courbette et s'exprima bien évidement en italien pour flatter la belle Carla.

Le repas se déroulait comme d'habitude à merveille, les serveurs étaient aux petits soins avec Lino car en grand prince, il ne lésinait pas sur les pourboires.

  •  - «  Lino, j'ai l'impression que çà fait une éternité que nous n'avons pas dîné ensemble de la sorte. Je ne te vois plus trop ces derniers temps. Tu as une autre femme dans ta vie ou tu me caches des choses, déclara Carla alors qu'ils attendaient le dessert.
  •  -  Ma chère Clara, je t'aime et je suis surpris que tu en doutes. Tu es la seule femme dans ma vie. Je ne connais que trop les Italiennes et leur sang chaud pour tenter de te duper. Tu serais bien capable de m'égorger après avoir fait l'amour pour un tel manquement.
  •  - Alors que se passe t'il ? Tu es devenu très soucieux... Tu as des problèmes avec tes concurrents ?
  •  - Non, non, loin de là. J'ai réussi à creuser ma place dans le milieu et maintenant on me respecte au plus au point. Je suis seulement sur une grosse affaire et je n'ai pas voulu te déranger avec mes histoires... »

Et alors que Lino laissait sa phrase en suspend, il constata qu'il était observer. L'homme, un grand brin ténébreux comme on dirait dans un livre à l'eau de rose, l'observait avec discrétion, mais même avec le grand soin qu'il prenait pour ne paraître intéresser que par ce qu'il avait dans son assiette, Lino l'avait repéré. Eu égard sa profession, c'était la première chose qu'il avait appris : se méfier de son environnement quel que soit le lieu et l'occasion. Un tueur ou un flic ne vous prévient jamais. L'homme se voyant lui-même épié par Lino, replongea le nez dans son assiette. Lino repris le cours de la conversation avec Clara sur des choses plus futiles comme la pièce de théâtre qu'ils venaient de voir. La fin du repas arrivant, et ayant abusé du champagne et du vin, Lino s'absenta momentanément aux toilettes. Bizarrement, et était ce vraiment le fruit du hasard, l'homme qu'il avait remarqué, en sortait justement et le bouscula au passage. « Entschuldigung, mein Herr ... je vous prie de bien vouloir m'excuser » déclama l'homme avec une légère intonation teutonique. Lino  hocha simplement de la tête, sa vessie pleine ne lui permettait pas de débuter la conversation et il s'engouffra dans les toilettes. Une fois soulagé, son esprit reprit le dessus et commença à se poser des questions. Légèrement paranoïaque avec l'affaire qu'il avait en cours, il pensa immédiatement que le mec était un flic. Il se palpa alors à la recherche d'un micro-espion ou de n'importe quel gadget électronique qu'utilisait la brigade du grand banditisme pour suivre et espionner les malfrats. Il ne trouva rien par et en fut soulager. Ce qui l'inquiéta soudainement ce que si l'homme ne lui avait pas collé un mouchard, il l'avait cependant soulagé de son porte-monnaie.

Tempêtant de se faire berner de la sorte par un vulgaire pickpocket, Lino sortit en furie des toilettes. Il se dirigea vers Clara tout en jetant un coup d'oeil panoramique sur la salle, juste pour confirmer que l'homme avait pris la poudre d'escampette. « Tu m'attends deux secondes chérie, je viens de me rendre compte que je n'avais plus un sous, je vais retirer un peu d'argent à côté ».  « Mais paye par carte bleue...». Lino lui fit un clin d'oeil avec un petit sourire qui lui fit comprendre qu'il devait s'absenter discrètement. Lino sortit du restaurant avec un air détaché. Une fois dehors, il regarda d'un côté et de l'autre de la rue. « Pourvu que çà ne soit pas trop tard, je me fais vieux...» se disait-il. Et là il aperçut son homme au croisement avec une autre rue. Une seconde de plus et s'était trop tard. Il aurait pût tourner en rond dans les petites rues tortueuses de Montmartre en vain. Il s'élança avec agilité et s'étonna finalement de sa rapidité et de sa souplesse « Vieux d'esprit peut être, mais pas encore de corps ! ». L'homme semblait heureux d'avoir réussi son forfait et n'était pas sur ses gardes. Lino en profita pour lui faire un croche-patte. « Excusez moi, que je suis maladroit !». Lino aida l'homme à se relever. Le visage de celui-ci avait une expression de courroux d'un homme offusqué de s'être fait bousculer de la sorte, mais en dévisageant Lino, il eut soudainement l'air d'un gamin défait pris sur le fait. « Vous ne m'en voulez pas si je reprends çà » s'exclama Lino en agitant dans sa main son propre porte-monnaie. L'homme tapota sa veste à la recherche de celui qu'il avait volé. Aucun doute, c'était bien celui-là... il s'était fait berner.

  •  - «  Je tiens à vous présenter à nouveau mes excuses, mein Herr, de vous avoir fait l'affront de vous prendre pour un simple notable.
  •  - Je ne t'en veux pas l'ami, tu m'as rappelé comment il était précieux de rester sur ses gardes. En plus tu es jeune et tu as de l'ambition. Moi aussi je suis passé par là. Comment t'appelles-tu ?
  •  - Sven Frankenstadt.
  •  - Je sens que tu as de l'ambition, Sven. Et en plus tu te débrouilles pas trop mal. Tu veux du travail.
  •  - Ach ja natürlich, mein Herr.
  •  - Faisons simple, arrête de m'appeler mein Herr. Je m'appelle Lino Lothain. Tiens voilà ma carte, viens demain à 8H. Soit à l'heure.
  •  - Jawohl ! »

Sven regarda Lino retournait vers le restaurant d'un pas nonchalant. Il se retourna soudain et lui dit : « Ah, au fait, tu auras peut être besoin de çà si tu ne veux pas crécher sous les ponts de Paris cette nuit ! ». Lino lui jeta quelque chose qui s'avéra être son propre porte-monnaie. «  Viel dank , Herr Lothain ! ». Clara l'attendait au bout de la rue. «  Qui était ce jeune homme ? » « Mais tout simplement un gentleman cambrioleur, meine Liebche ! » susurra Lino à son oreille tout en lui déposant un baiser sur ces lèvres. Et ainsi le coeur léger, la panse pleine et son porte-monnaie en poche, Lino rentra bras dessus, bras dessous avec Clara en songeant à sa petite équipe qui commençait à avoir de la gueule.

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Publié dans La Grande Cambriole

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